McLaren 600LT : L’Extraterrestre Accessible
La désignation « Longtail » (LT) est sacrée entre les murs du McLaren Technology Centre de Woking. Elle remonte à la légendaire McLaren F1 GTR « Longtail » qui a dominé les courses d’endurance en 1997. Lorsque McLaren a ressuscité ce nom pour la 675LT en 2015, la marque a établi un cahier des charges clair et sans compromis pour définir ce que doit être une LT : plus légère, plus rapide, davantage tournée vers la piste, et nettement plus engageante que la voiture dont elle est dérivée.
La 675LT appartenait toutefois à la « Super Series », à un prix stratosphérique. En 2018, McLaren a stupéfié l’industrie en appliquant la philosophie LT à sa plateforme Sports Series d’entrée de gamme (la 570S). Le résultat fut la McLaren 600LT. Il ne s’agissait pas d’une simple 570S dotée d’un aileron plus imposant et d’une cartographie revue ; c’était une transformation radicale. La 600LT est régulièrement citée, par les journalistes comme par ses propriétaires, comme l’une des voitures de conducteur les plus exaltantes, les plus émotionnellement impliquantes et les plus redoutablement efficaces que McLaren ait jamais produites — dépassant sans doute ses aînées plus onéreuses en termes d’ivresse pure et non filtrée.
La Philosophie Longtail : Le Régime Extrême
Pour mériter l’insigne LT, une voiture doit se soumettre à un régime draconien. McLaren a réussi à éliminer 96 kg (212 lbs) par rapport à la 570S de série, ramenant le poids à sec de la 600LT à un phénoménal 1 247 kg (2 749 lbs).
Pour y parvenir, près d’un quart des pièces de la 570S ont été modifiées.
- La Fibre de Carbone Partout : Le splitter avant allongé, les jupes latérales, le diffuseur arrière agressif et l’aileron arrière fixe sont entièrement fabriqués en fibre de carbone. Même le toit pouvait être commandé en carbone.
- Les Sièges : La 600LT a emprunté les sièges baquet en fibre de carbone d’une finesse absolue directement à la McLaren Senna (vendue à plusieurs millions d’euros), économisant à eux seuls 21 kg.
- Jantes et Suspension : Des jantes en aluminium forgé ont réduit les masses non suspendues, tandis que l’ensemble des porte-fusées et des doubles triangles de suspension, également forgés en aluminium, ont fait chuter le poids d’encore 10 kg.
- Dépouillement de l’Habitacle : La climatisation, la navigation et même la boîte à gants ont été supprimés de série (bien que la climatisation et le GPS pouvaient être réintégrés en option sans surcoût). L’Alcantara a remplacé le cuir, plus lourd, dans l’ensemble de l’habitacle.
Mais la mesure d’allègement la plus spectaculaire — et la caractéristique visuelle qui définit la 600LT — reste le système d’échappement.
L’Échappement Haute Sortie : Le Spitfire
La 600LT ne possède pas de sorties d’échappement au niveau du pare-chocs arrière. Celles-ci jaillissent directement depuis le capot moteur arrière, pointées droit vers le ciel.
Cette conception « haute sortie » est une merveille d’ingénierie. En faisant remonter les gaz d’échappement verticalement depuis le moteur, McLaren a drastiquement raccourci la longueur du système. Cela a permis d’économiser 12,6 kg par rapport à la 570S et de réduire considérablement la contre-pression, autorisant le V8 biturbo à monter en régime plus rapidement. Cela a également libéré toute la partie inférieure de l’arrière de la voiture pour un immense diffuseur en fibre de carbone pleinement fonctionnel, générateur d’une appui aérodynamique significatif.
L’effet secondaire de cette conception relève du pur théâtre automobile. En raison du trajet si court des gaz d’échappement, du carburant imbrûlé s’invite fréquemment dans les embouts brûlants lorsque le conducteur relâche l’accélérateur à hauts régimes. Il en résulte une voiture qui tire littéralement des flammes — des jets de feu bleus et orangés — projetés droit dans les airs, visibles dans le rétroviseur du conducteur. Le son est totalement dérangé : un hurlement mécanique brut, sec, qui claque et pétarade lors des rétrogradages comme une voiture de rallye.
La Mécanique : 600 Ch de Fureur Pure
Au cœur de la 600LT bat le V8 biturbo 3,8 litres M838TE, omnipresent dans la gamme McLaren. Grâce à la contre-pression réduite de l’échappement haute sortie et à une recalibration agressive de l’ECU, la puissance a été portée à 600 ch (592 hp) à 7 500 tr/min et 620 Nm (457 lb-ft) de couple.
Couplée à une boîte de vitesses à passage en séquence sans rupture de couple (SSG) à 7 rapports qui assène des montées en vitesse brutales et percutantes en mode « Track » (grâce à la technologie « Inertia Push » qui claque les rapports sans couper la puissance), l’accélération est terrifiante. La 600LT catapulte de 0 à 100 km/h en seulement 2,9 secondes. Elle atteint les 200 km/h (124 mph) en 8,2 secondes, et s’élance jusqu’à une vitesse de pointe de 328 km/h (204 mph).
Ces chiffres placent la 600LT « d’entrée de gamme » au niveau des supercars phares d’il y a quelques années à peine, brouillant totalement les lignes de la propre hiérarchie de gamme McLaren.
Le Châssis : Une Connexion Télépathique
C’est en courbe que la 600LT se distingue vraiment de la 570S. La 570S est une voiture de route brillante, mais la LT est un outil de piste militarisé.
La géométrie de suspension a été entièrement revue. La voie a été élargie de 10 mm à l’avant, et la garde au sol abaissée de 8 mm. Les taux de ressorts ont été significativement durcis (13 % à l’avant, 34 % à l’arrière), et les amortisseurs adaptatifs ont été recalibrés pour privilégier le contrôle de la caisse au détriment du confort de roulement. Le système de freinage carbone-céramique a été prélevé directement sur la Super Series (720S), assisté d’un servofrein amélioré inspiré de la McLaren Senna pour un ressenti de pédale exceptionnel.
McLaren a également collaboré avec Pirelli pour développer une version sur mesure du pneu ultra-adhérent P Zero Trofeo R. L’adhérence mécanique générée par ces pneumatiques, combinée à la rigidité accrue du châssis et aux 100 kg d’appui aérodynamique générés à 250 km/h par l’aérodynamique allongée, permet à la 600LT de maintenir des vitesses en virage proprement incroyables.
Fait crucial, la direction conserve une assistance hydraulique plutôt qu’électrique. Cela procure un niveau de retour d’information télépathique, transmettant directement aux mains du conducteur chaque gravillons et chaque ondulation du bitume. La 600LT communique ses limites avec une telle clarté que le conducteur se sent confiant pour pousser davantage, en équilibrant la voiture sur le fil absolu de l’adhérence.
Héritage et Cote
McLaren a produit la 600LT Coupé pendant une seule année, limitant la production strictement dans le temps plutôt qu’à un nombre d’unités précis (estimé à environ 1 000 coupés dans le monde). Une version Spider a suivi en 2019.
La 600LT a prouvé que McLaren était capable de construire une voiture dotée d’autant d’« âme » et d’engagement viscéral qu’une Porsche GT ou qu’une Ferrari à aspiration naturelle. Elle a pris une plateforme sportive déjà très compétente et a poussé le curseur de l’agressivité bien au-delà de toute limite raisonnable. Elle est bruyante, elle crache le feu, et elle exige toute l’attention du conducteur. Pour de nombreux passionnés, la 600LT demeure le point d’équilibre parfait dans l’histoire de McLaren — l’alliance idéale entre légèreté extrême, puissance biturbo et sensations analogiques.