Maserati GranTurismo : La Musique de l’Élégance
La Maserati GranTurismo fut présentée au Salon de Genève 2007, dessinée par Pininfarina et propulsée par un V8 atmosphérique de 4,2 litres dérivé directement de chez Ferrari. Elle n’était pas la plus rapide de sa catégorie — ni la plus légère, ni la plus technologique. Mais elle resta en production pendant douze ans, jusqu’en 2019, parce que son moteur produisait un son si magnifique et ses proportions Pininfarina étaient d’une beauté si intemporelle que Maserati n’arrivait pas à la tuer.
Le Patrimoine de Maserati et la Tradition du GT
Pour comprendre la GranTurismo, il est utile de comprendre ce que Maserati représente dans l’histoire automobile. Fondée à Bologne en 1914 par les frères Maserati, la marque passa ses premières décennies à construire des voitures de course de renom, motorisées par ses propres moteurs. L’insigne du Trident — un symbole tiré de la fontaine de Neptune sur la place centrale de Bologne — devint synonyme de réussite sportive et de passion italienne pour l’ingénierie.
Dès les années 1950 et 1960, Maserati avait traduit son héritage de compétition en une série de voitures de route d’une élégance suprême : la A6GCS/53 Berlinetta, la 3500 GT, la Ghibli et la belle Indy. Des voitures qui exprimaient la vitesse et la passion par leur apparence et leur sonorité d’échappement plutôt que par des chiffres de performance bruts. Des machines qui incarnaient la tradition du Grand Tourisme — assez rapides pour couvrir de longues distances, assez belles pour arriver avec présence, et assez caractérielles pour rendre le voyage mémorable.
La GranTurismo de 2007 était l’héritière directe de cette lignée. Tout en elle — ses proportions, son moteur, sa voix — avait été conçu pour évoquer cet âge d’or.
Le Design : Le Chef-d’Œuvre de Pininfarina
Le design extérieur de la GranTurismo est l’œuvre de Jason Castriota chez Pininfarina. Il est universellement considéré comme l’une des plus belles voitures du XXIe siècle, et ce jugement n’a fait que se renforcer avec le temps.
Les proportions sont celles d’un GT classique : un capot d’une longueur extraordinaire, un toit plongeant et bas, et une courte selle arrière. L’avant est dominé par une immense calandre ovale concave arborant le légendaire Trident de Maserati — un élément de style directement emprunté à la classique Maserati A6GCS/53 Berlinetta Pininfarina de 1953, honorant l’héritage de la marque tout en ancrant fermement la voiture dans le présent.
Les ailes avant arborent les trois ouïes distinctes — signature Maserati utilisée de manière constante depuis les années 1950 — qui débouchent sur des hanches arrière musclées conférant à la voiture une allure puissante et prédatrice malgré son élégance globale. Contrairement à beaucoup de supercars modernes qui s’appuient sur des angles vifs et des appendices aérodynamiques agressifs, la GranTurismo mise sur des courbes douces et organiques, et sur des transitions de surface parfaitement dosées. C’est pour cette raison que son design a vieilli de manière remarquable, paraissant aussi élégant en 2019 qu’en 2007.
Le design de Castriota n’était pas seulement beau — il était aussi structurellement affirmé. La voiture est large et basse, ses roues poussées aux quatre coins de la carrosserie, communiquant stabilité et ancrage sans recourir à l’agressivité visuelle. C’est une voiture qui se sent autant dans sa place sur la Via Veneto à Rome qu’en montagne en Toscane.
Le Cœur : Le V8 F136 à Plan Croisé
La véritable âme de la GranTurismo réside sous son long capot. La voiture est propulsée par la famille de moteurs V8 F136, co-développée par Ferrari et Maserati sur le site de Maranello — un avantage de la propriété de Maserati par Ferrari à cette époque.
Le V8 F136 avait une double vie intéressante. Ferrari l’utilisait dans la F430 puis la 458 Italia, avec un vilebrequin à plan plat lui conférant un hurlement aigu évoquant la Formule 1 et un régime maximum élevé. Les ingénieurs de Maserati firent un choix différent. Ils optèrent pour un vilebrequin à plan croisé — la même configuration d’ordre d’allumage que les V8 américains, qui espace les impulsions de combustion régulièrement à 90 degrés.
Cette différence fondamentale dans la conception du moteur conférait au moteur Maserati un caractère radicalement différent de son cousin Ferrari. Là où le V8 à plan plat de Ferrari était strident et à régime élevé, l’unité à plan croisé de Maserati produisait un grondement profond, musclé et rauque au ralenti qui montait en un rugissement glorieux et résonnant à haut régime. Il sonnait davantage comme un V8 américain finement affiné passé au filtre italien — tonitruant, émotionnel et addictif.
La musique de la GranTurismo est devenue légendaire parmi les passionnés. Elle est universellement considérée comme l’un des meilleurs V8 sonores de l’histoire automobile, et ce n’est pas une louange en l’air. Le son était une décision d’ingénierie et d’acoustique délibérée, accordé aussi soigneusement que la suspension ou le calibrage de la direction.
Au fil de sa vie commerciale, le moteur a été proposé en deux configurations principales :
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Le 4,2L (2007) : La GranTurismo originale fut lancée avec une version de 4,2 litres développant 405 ch. Elle était associée à une boîte automatique ZF à 6 rapports fluide, parfaitement adaptée à une conduite détendue et aux longs trajets dans la pure tradition du GT.
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Le 4,7L (à partir de 2008) : Introduit dans la GranTurismo S, la cylindrée fut portée à 4,7 litres. La puissance fit un bond à 440 ch, puis 460 ch dans les versions MC Sport Line et MC Stradale ultérieures. La cylindrée accrue approfondit considérablement la courbe de couple, rendant la voiture plus facilement rapide sur toute la plage de régimes.
Le moteur 4,7L pouvait être associé soit à la boîte automatique ZF à 6 rapports, soit à une boîte séquentielle à 6 rapports plus agressive — la boîte MC Shift — montée à l’arrière de la voiture pour une meilleure répartition des masses et des changements de rapports plus rapides.
Une Vraie Quatre Places
Un élément crucial du succès de la GranTurismo résidait dans sa praticité. Contrairement à une Porsche 911 ou une Aston Martin DB9, dont les places arrière ne conviennent qu’aux enfants en bas âge ou aux bagages, la Maserati GranTurismo était une authentique quatre places. Ce n’était pas un compromis — c’était une caractéristique.
Construite sur une évolution du châssis Quattroporte V, l’empattement généreux permettait à deux adultes de s’asseoir confortablement sur les sièges baquets arrière pour des trajets de plusieurs heures. L’intérieur était recouvert du luxueux cuir Poltrona Frau — le même maroquinier italien que Ferrari — et offrait de nombreuses options de personnalisation permettant à chaque voiture d’être véritablement individuelle.
Cette configuration quatre places élargissait considérablement l’attrait de la GranTurismo. C’était une voiture qu’une famille pouvait utiliser pour un week-end dans le sud de la France, arrivant avec un style certain sans l’inconfort d’une sportive biplace sur un trajet de 800 km.
La MC Stradale : Quand le GT Devint Sportif
Si la GranTurismo standard était un croiseur généreux (pesant près de 1 900 kg), Maserati prouva que le châssis avait un véritable potentiel sportif avec l’introduction de la MC Stradale en 2010.
La désignation MC n’était pas cosmétique. Directement inspirée des voitures de compétition du Trofeo engagées dans le Maserati GT4 Championship, la MC Stradale fut débarrassée de ses sièges arrière pour économiser 110 kg. Un kit aérodynamique plus agressif fut monté, comprenant des spoilers avant révisés et un becquet arrière. Des freins carbone-céramique de série raccourcissaient considérablement les distances d’arrêt. La suspension fut raffermie et abaissée. La dernière itération de la boîte séquentielle MC Shift passait les rapports plus rapidement et tenait les rapports plus agressivement en conditions de circuit.
Le résultat transforma l’élégant croiseur en une sportive bruyante, ferme et profondément engageante, capable d’atteindre 300 km/h et d’attaquer un circuit avec conviction. La MC Stradale occupait un registre de caractère différent de la voiture standard — non plus une compagne de long voyage, mais une machine de pilote disposant accessoirement de quatre sièges.
Face à la Concurrence
La GranTurismo concourait dans une catégorie incluant l’Aston Martin Vantage et la DB9, la Porsche 911 Turbo, et la Jaguar XKR. Aucune d’elles ne pouvait égaler sa combinaison de théâtralité visuelle et de caractère acoustique. L’Aston Martin s’en approchait le plus sur le plan de l’émotion, mais le V8 dérivé de Ferrari conférait à la Maserati une bande sonore qu’aucune voiture extérieure à Maranello ne pouvait reproduire.
Là où la GranTurismo était en retrait, c’était en dynamique pure et en technologie d’habitacle. La direction n’était pas aussi communicative que celle d’une Aston Martin. Le système d’infodivertissement, emprunté à des composants Fiat-Chrysler, commençait à paraître daté dès 2012 et était visiblement vieilli en 2015. La qualité de roulement, si acceptable soit-elle, ne pouvait rivaliser avec la précision d’ingénierie d’une Porsche.
Pourtant, les acheteurs continuaient d’affluer. Ils venaient pour le son. Ils venaient pour le design. Ils venaient parce que conduire une GranTurismo sur une route de montagne à la tombée du soir, avec le V8 qui résonne contre les parois rocheuses, était une expérience qu’aucune modernité technologique ne pouvait reproduire ou remplacer.
Un Héritage Durable
La production de la GranTurismo originale prit fin en 2019, avec plus de 28 000 coupés et 11 000 cabriolets (GranCabrio) construits — des chiffres remarquables pour une voiture de ce type, à ce prix, sur douze ans.
Elle survécut bien plus longtemps que n’importe quelle voiture de sa catégorie ne l’aurait normalement fait, défiant les tendances du secteur vers la réduction de cylindrée, la turbocompression et l’escalade technologique. Elle se vendit uniquement sur l’émotion — la combinaison envoûtante du style Pininfarina et du rugissement viscéral d’un V8 à aspiration naturelle construit par Ferrari.
Aujourd’hui, les premiers exemplaires de GranTurismo accèdent au statut de classique. La combinaison du design Pininfarina, de la provenance Ferrari du moteur, et d’une production définitivement terminée trace une trajectoire claire pour les collectionneurs. Le V8 à aspiration naturelle — de plus en plus rare à l’ère des moteurs turbocompressés et de l’électrification — est le cœur irremplaçable de l’attrait de la voiture.
La Maserati GranTurismo représente la fin d’une ère très romantique de l’automobile italienne : l’ère où une voiture de grand tourisme se définissait par son son, sa beauté et sa capacité à rendre un trajet ordinaire extraordinaire.